Les chemins de la sobriété

C’est certainement une gueule de bois qui sent le coup de semonce qui m’a amenée à entamer le janvier sec. Comme pas mal de gens, je questionnais ma consommation d’alcool depuis longtemps car je suis invitée à en boire régulièrement en famille, avec mes amis et surtout au travail. C’est peut-être aussi la trentaine, en tout cas c’est un témoignage sincère qui j’espère inspirera celles et ceux qui se lèvent ce matin avec un mal de crâne.

Dry January 

Il n’y a pas meilleur moment pour s’élancer sur le chemin la sobriété. Tout simplement parce que tout le monde l’empreinte, que ce soit pour 48h, une semaine ou un mois. Prendre ce train plutôt que tenter l’exercice deux mois plus tard, c’est se prémunir de tout un tas de remarques débiles. Ce qui m’a mis le pied à l’étrier, c’est aussi d’avoir pu retranscrire le témoignage du sobrelier Benoît d’Onofrio. C’est d’ailleurs à l’occasion du bouclage que je me suis lancée dans ma première détox. Celle-ci consistait à travailler constamment et à éviter les sorties (ou à privilégier les boissons sans alcool en soirée). Taux de réussite plutôt satisfaisant. Sauf qu’une fois le magazine envoyé à l’impression, je me suis retrouvée à fêter la fin de ce jeûne comme si ma vie en dépendait. Bref, j’ai rapidement compris à quels endroits allaient se situer mes défis… Ne pas céder à la pression sociale et, à terme, apprendre à boire avec modération. 

Le problème c’est que je ne sais pas grand chose de la modération, mon style c’est plutôt « go big or go home ». De plus, je suis entourée de gens qui partagent le même lifestyle. Certains traversent les âges sans se poser de question. Récemment je suis tombée sur une vidéo de JLo qui citait approximativement Coco Chanel : « Avant 30 ans on a le visage qu’on nous donne, après 30 on se retrouve avec le visage qu’on mérite. » C’est quelque part entre cette vidéo et une sortie de route que j’ai décidé de me remettre à la flotte. 

T’es pas fun ! 

Comme souvent, le plus lourd n’est pas la tâche mais le regard des autres. Comme si sortir et se contenter d’eau pétillante ne suffisait pas, il faut aussi se taper les remarques de ploucs ! « Ah, donc t’es devenue chiante ? », « Bah quoi t’es enceinte ? », « Reviens-nous voir en février plutôt ha ha ! » C’est aussi dur d’être une femme sobre qu’une femme qui picole et sortir durant dry january, c’est se justifier constamment de ne pas communier au Negroni dès qu’on fout le pied dehors. Résultat des courses : on finit par ne plus supporter certaines conversations et on rentre chez soi plus tôt… Et une fois chez soi ? On binge des séries formidables, on se remet à la lecture, et surtout ON DORT. La sobriété m’a aussi donné un nouveau super pouvoir : celui d’être constamment éveillée. J’observe avec acuité les dérapages. Ils prennent la forme de blagues pas drôles et parfois c’est la main d’un inconnu qui atterrit sur ma cuisse. Ainsi, j’ai  appris à quitter une soirée quand je commençais à fatiguer ou que je ne me sentais pas à l’aise. Autrefois je décidais de commander un gin tonic en attendant que ça passe. Un cocktail qui a le don de me rendre volubile et de pulvériser les barrières naturelles de ma timidité (et de mon embarras). Bref, une béquille sur laquelle j’ai toujours pu compter lors de dîners et que je suis contente d’envoyer valser aujourd’hui. 

L’heure du bilan 

Plus d’un mois après ma diète, j’ai commencé à lister les bénéfices. Je dors toujours aussi peu, mais mon sommeil est plus quali. J’ai l’impression d’avoir gagné du temps à plein de niveaux. Comme j’en parle autour de moi, je suis parfois accueillie avec des regards stupéfaits comme si je me biberonnais à la vodka il y a deux mois. Boire de l’alcool souvent, c’est s’infliger des matins difficiles et remettre un tas de choses à plus tard. Pas forcément une opération du myocarde, j’en conviens. Mais déposer sa Freebox au point relai, passer un coup de fil à mémé ou récupérer une robe au pressing. Parfois, on a juste la flemme. Je parle de tous ces petits onglets ouverts qui font que parfois le cerveau ne fonctionne pas à plein régime. Bref, j’ai presque cessé de procrastiner et j’ai l’impression d’avoir gagné du temps (et de l’argent !). J’utilise ce temps pour moi mais aussi pour les autres. Toutefois, j’ai souvent peur de la glissade. Comme si le moindre cocktail allait me propulser sur un bar avec un slip sur la tête. Après quelques essais, je remarque avec soulagement que j’apprends la modération. Je bois moins vite et uniquement quand ça me fait plaisir. Les gens que j’aime ne m’emmerdent jamais quand je commande un Perrier et j’ai depuis cessé de me soucier des autres.

Journaliste
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Déborah Pham
Co-fondatrice de Mint et du restaurant parisien Maison Maison. Quand elle n’est pas en vadrouille, elle aime s’attabler dans ses restos préférés pour des repas interminables arrosés de vins natures. Déborah travaille actuellement sur différents projets éditoriaux et projette de consacrer ses vieux jours à la confection de fromage de chèvre à la montagne.

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