J’ai survécu aux vendanges de l’enfer

Mettre du beurre dans les pinards oui mais à quel prix ? Iris, nous raconte comment son bon plan saisonnier dans les vignes a viré au cauchemar.

Une amie avait trouvé un plan vendange en Champagne grâce à son mec de l’époque. Beau butin à la clé, dont promesse de bulles et de ratafia coulant à flots. J’avais besoin de sous donc j’ai sauté sur l’opportunité. Ça ne pouvait pas être pire que ma première expérience en Bourgogne. J’étais seule, tombée par hasard dans un groupe de quarante vendangeurs, dont mon ex-compagnon et un type retrouvé mort d’une overdose au PMU du village un soir de match.

En règle générale les conditions de travail sont assez rudes dans les vignes. T’as le dos en vrac et mal aux genoux mais tu sais que c’est sur un temps court, que t’es en groupe, logé, nourri et que les soirées sont généreusement arrosées. J’étais si loin d’imaginer ce qui m’attendait… 

Moi qui pensais avoir vécu le pire avec ma première expérience en Bourgogne… J’étais seule, tombée par hasard dans un groupe de quarante vendangeurs dont mon ex-compagnon, et un type retrouvé mort d’une overdose au PMU du village un soir de match.

À l’arrivée le drapeau aux couleurs de la France hissé au dessus de la maison annonçait  déjà un peu la couleur. La gêne s’installe au fil de mes rencontres avec les autres vendangeurs. Je comprends assez vite, à l’attitude des Foulques et Foulques-Antoine dont l’un portait fièrement son hoodie « Manif pour tous » que la semaine allait être longue, très longue. Mais je n’étais pas au bout de mes peines. 

Notre lieu de vie était assez éloigné du domaine. C’était une vieille grange dont ont aurait dit que les murs décrépis avaient été littéralement tagués avec des excréments. Il y avait trois canapés complètement défoncés, et surtout : pas de cuisine. Une plaque électrique à disposition pour une vingtaine de personnes. 

Tout était à notre charge. On devait mettre de l’argent en commun pour faire des courses et organiser nos propres repas, alors qu’à la fin d’une journée à ramasser le raisin en plein soleil ou sous une pluie battante t’as pas l’énergie quoi. Résultat, c’était pâtes au ketchup ou pommes de terre à l’eau avec des knackis. Avec mon amie on s’est déter’ à faire un dhal un soir histoire d’apporter un peu de baume au cœur et de manger au moins un repas qui soit culinairement acceptable. Pour nous en tout cas, catégorisées illico pécheresses bobo-bio…

Côté sanitaires, une douche et un toilette de chantier tout deux immondes. En 7 jours j’ai dû prendre une douche max, car en plus d’être étroite elle était bouchée et toute pleine de boue. T’avais l’impression d’en ressortir plus sale encore qu’à ton entrée dans la cabine.

Jusqu’ici, le fait d’être entourée de quelques amis suffisait à me rassurer puis on découvre le dortoir commun. Des lits deux places à partager pour tous y compris entre inconnus, et dont certains ne disposaient même pas de matelas. La nuit, après les prières à la bougie de ces illuminés intégristes, impossible de fermer l’œil entre les ronflements des uns et les cris nocturnes d’un des mecs qui était victime de terreurs nocturnes. Bref, l’enfer.

Côté sanitaires, une douche et un toilette de chantier tout deux immondes. En 7 jours j’ai dû prendre une douche max, car en plus d’être étroite elle était bouchée et toute pleine de boue. T’avais l’impression d’en ressortir plus sale encore qu’à ton entrée dans la cabine.

Nos seuls moments de partages et de plaisir se passaient dans les vignes autour du goûter — offert. Alors que pendant mes premières vendanges le vin nous était offert, ici, nous devions payer nos bouteilles, et verser un droit de bouchon pour tout achat d’alcool venant de l’extérieur. Des grosses beuveries sur les terres du champagne à base de 16.

Tout ça pour repartir avec 400 pauvres euros en poche… 

Journaliste
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Anouchka Crocqfer
Anouchka est journaliste chez Mint Magazine. Passée dans les colonnes de L'Express Styles, du Parisien, de Néon, et de Bon Temps elle arpente les rues à la recherche de nouvelles tendances lifestyle.

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