Château Marmont

Il est presque midi quand notre taxi file le long de Sunset boulevard dans le quartier d’Hollywood, croisant motels et restaurants mexicains aux façades pastel. Au loin, se dresse le Château Marmont, refuge de célébrités souvent, lieu de débauche et de drames parfois.

Les premiers mètres qui mènent à la réception sont intimidants. Dans ce couloir se sont croisées à la fois des personnalités de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, mais aussi des pop stars des années 2000. Ces histoires font partie des murs et étoffent la réputation du Marmont depuis toujours. L’hôtel reste toutefois discret. Il est interdit de prendre en photo des célébrités sous peine d’être banni de l’établissement. Et pour cause, désordre et démesure ont toujours été admis entre ces murs. Le fondateur de Columbia Pictures, Harry Cohn, a d’ailleurs dit : « Si vous devez vous attirer des ennuis, faites-le au Château Marmont. »

À l’heure du déjeuner, la clientèle oscille entre types en costard et demoiselles fardées à l’excès. Derrière vous se trouvent deux jeunes filles, les filles de Bruce Willis et Demi Moore. À la carte on opte pour des classiques, un cheeseburger et des spaghetti alla bolognese honnête qu’on accompagne d’un vin californien quelconque. De toute façon, personne ne vient au Marmont pour l’expérience gastronomique.

À l’origine, on s’y rendait pour faire la fête sans être vu. C’est d’ailleurs à la fermeture de Garden of Allah que les acteurs se sont réfugiées vers le Château. Imaginez un établissement où Marlene Dietrich nage nue dans la piscine, tandis que Ronald Reagan enchaîne les conquêtes dans sa chambre. Orgies, alcool à foison et usage de drogues en tout genre étaient monnaie courante à Garden of Allah. L’hôtel a vu le jour dans les années 1920, et a connu un succès innommable entre les années 1930 et 1940. Les soirées étaient légendaires à une époque où la prohibition frappait les Etats-Unis d’Amérique. On pouvait y croiser F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Ava Gardner, Orson Welles, Buster Keaton ou encore Frank Sinatra. Dans l’entrée, un quatuor à cordes jouait, alors qu’un homme accoutré d’une veste machaon vous accueillait. Dans le salon, des serveurs japonais servaient le thé, mais aussi le punch et les sandwichs. À la tombée de la nuit, des troubadours en costume chantaient sous les jasmins de la propriété. Bref, les acteurs quittaient leur tournage pour pénétrer dans un nouveau décor de film où régnait une atmosphère surréaliste. Imaginez un instant une piste de danse où se déhanchent Marilyn Monroe et Jane Mansfield dans un nuage de fumée de cannabis. Hélas, un beau jour, un acquéreur décida d’en faire une banque et organisa une dernière soirée en 1959. Les célébrités se mirent à la recherche d’un nouvel éden, qui fut donc le Château Marmont. Parmi les premiers résidents, James Dean et Montgomery Clift, s’il vous plaît.

Un homme aux cheveux poivre et sel fait les cent pas autour de la piscine. Il porte un peignoir et une chevalière, et discute bruyamment au téléphone, alors que nous profitons des derniers rayons de soleil sur un transat. La piscine est entourée d’arbres et de plantes qui forment des couloirs labyrinthiques. Quelques bungalows sont installés là. Il s’agit d’appartements fonctionnels qui permettent aux clients de séjourner plusieurs mois au Château. Ce fut par exemple le cas de Francis Ford Coppola et sa famille, qui choisirent l’hôtel pour se retrouver après l’éprouvant tournage d’Apocalypse Now. Des années plus tard, Sofia Coppola réalisera le film Somewhere, essentiellement filmé au Château Marmont.

Il est presque 20 heures, la nuit est tombée sur L.A. et vous percevez le brouhaha de la terrasse à peine illuminée. Premier cocktail qui ne déroge pas à la règle de l’établissement : vous n’êtes pas là pour ça, contentez-vous d’un gin & tonic la prochaine fois. À nouveau, votre amie vous envoie un subtil coup de coude pour vous indiquer la présence de Marilyn Manson, qui comme vous sirote un verre de vin médiocre entre deux poignées de pommes allumettes.

Le réveil est un peu difficile, vous sirotez votre café au lait entouré de gens aux visages familiers. Votre acolyte plussoie : « Ce mec là, il a joué dans une série, mais je ne me souviens plus laquelle. » Dehors, l’homme au peignoir est toujours en peignoir ; Anthony Bourdain disait que le Marmont était typiquement le genre d’endroit où l’on pouvait déambuler en pyjama sans choquer personne. Vous traversez les jardins avant d’atteindre la piscine, Lou Doillon prend son petit déjeuner et vous lance un sourire. Le soleil chauffe votre visage tandis que vous songez aux histoires à peine croyables qui se sont déroulées ici, aux excentricités des artistes que vous avez tant admirés, à la fin tragique de certains. Tout cela pourrait être conté ici et finalement, mieux vaut laisser un peu de rêve à chacun.

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