On se met à table avec Teddy Thomas, le rugbyman épicurien

On s’attable aux Enfants du marché où déjà, la fête bat son plein. Les
assiettes sortent côté comptoir et côté salle tandis que l’enceinte crachote une chanson de Prince. En clair, pour cette interview nous n’avons choisi ni un restaurant classique étriqué dans ses dogmes, ni un restaurant pompeux. On a choisi un établissement joyeux, festif et presque chaotique où il est coutume de faire la fête dès midi. Une atmosphère toute choisie pour le rugbyman du Racing 92 originaire de Biarritz que nous rencontrons aujourd’hui. Toutefois on a manqué de flair, Teddy Thomas a un match samedi et le petit verre de blanc, ce sera pour un autre jour.
TEDDY THOMAS

Je vais plutôt prendre un Coca-cola Zéro. Quand j’ai match le week-end, j’évite de boire la semaine… À la limite ça peut arriver la veille de mon jour off quand on ne s’entraîne pas. Avec mes amis, on est tous amateurs de vin donc il nous arrive d’ouvrir une bonne bouteille, mais pas plus!

MINT

Ton métier te force à être très raisonnable?

TT

Je suis bien obligé! Mon corps est mon outil de travail, donc je ne peux pas me permettre de le saccager la semaine, autrement mes performances ne seront pas bonnes le week-end… Et c’est un cercle vicieux car si tu n’es pas en forme, tu te blesses plus facilement! Du coup, je me contente de quelques verres, si le match s’est bien passé et qu’on a gagné !

M

Côté alimentation, j’imagine que tu dois être très rigoureux également…

TT

Je suis assez difficile et j’aime pas trop les légumes… Les tomates, les carottes, les aubergines… Ce n’est pas mon truc. En revanche j’adore les pâtes ! J’aime les grands repas où on partage plein de choses comme chez nous dans le sud. De bonnes charcuteries, de bons fromages, de bonnes viandes… Ma grand-mère faisait un pâté de Pâques incroyable, j’adorais ça. Évidemment je ne mange pas comme ça tous les jours, ça dépend des moments car on n’a pas envie d’être lourd avant d’aller à l’entraînement qui dure entre quatre et six heures… En tout cas, on les dépense bien ces calories!

Photos : Anna Leonte Loron
M

Tu adores les pâtes et tu as d’ailleurs ouvert un resto dédié qui s’appelle Pasta ciao !

TT

J’ai fait ça en novembre 2021 avec un de mes meilleurs potes, on a toujours eu envie de monter un truc ensemble. Lui est plutôt dans le prêt-à-porter à l’origine mais on a décidé de créer Pasta Ciao, un bar à pâtes où on fait essentiellement de la vente à emporter en plein centre de Toulouse. À la carte on a quelques classiques, notamment des pâtes à la truffe qui  beaucoup, mais on propose aussi des recettes qui évoluent au fil des saisons… Et on a aussi des pâtes au canard et au foie gras!

M

Des pâtes au foie gras et au canard? Dis donc, ton corps c’est ton outil mais les nôtres tu y penses?

TT

(rires) Chacun son métier !

M

Est-ce que tu aimes cuisiner ?

TT

Je cuisine beaucoup, j’adore me promener à la Grande Epicerie du Bon Marché ! J’ai pas mal de livres de cuisine et pendant le confinement je regardais vachement les recettes de Cyril Lignac. Récemment j’ai fait un tataki de bœuf qui était vraiment chouette, je fais souvent des risottos, des escalopes à la milanaise avec une chapelure maison… Je cuisine des patates douces, je pourrais en manger des tonnes! Côté sucré je fais des moelleux au chocolat, je réussis bien le tiramisu et il y a peu de temps j’ai fait un gâteau basque dont j’étais plutôt content ! Je trouve l’inspiration facilement parce que je cuisine avec un Thermomix.

M

T’es hyper équipé !

TT

C’est un outil génial, ma mère n’en voulait pas mais je lui ai offert à Noël et elle adore ! Il y a des plats que tu n’envisages pas de faire et le Thermomix rend ça possible, cuire le poisson au Varoma c’est un délire!

M

Ah ouais tu as même le lexique Thermomix ! Et tu fréquentes quels restos ?

TT

Ça change souvent, mais le vendredi ou le samedi quand il fait beau, tu peux être sûre de me croiser chez Huguette à Saint Germain, c’est un bistrot de la mer ! Je viens souvent ici, aux Enfants du Marché avec mon ami David qui est un habitué. J’aime aussi les vieilles brasseries comme l’Avant-Comptoir du Marché… Grâce au sport, on rencontre beaucoup de chefs comme Pierre Sang Boyer, Yves Camdeborde, Christian Constant, Juan Arbelaez…. Des chefs qui aiment bien le rugby aussi!

M

Comment as-tu commencé le rugby ?

TT

J’ai débuté à l’âge de 7 ans, mon grand-père en faisait aussi au niveau amateur. J’ai grandi à Biarritz et là-bas, soit tu fais du surf, soit tu fais du rugby! J’ai pratiqué les deux sports mais à un moment j’ai dû faire un choix car ma mère ne pouvait pas assumer deux licences et j’ai choisi le rugby. D’une part parce que je pense que mon grand-père m’a transmis sa passion mais aussi parce que c’est un sport collectif. J’ai débuté à Biarritz chez les pros, mon équipe est descendue en division inférieure et j’ai eu l’opportunité de rester dans le Top 14, c’est l’équivalent de la Ligue 1 du foot. J’avais des propositions de clubs en France, à Paris, à Toulouse et à Montpellier et j’ai choisi Paris!

M

À quel moment est-ce que tu réalises que tu peux en faire ton métier ?

TT

Franchement ça a pris du temps, car en France on ne pousse pas les élèves dans cette direction. J’étais donc assez détaché alors qu’à l’école j’aimais bien les maths mais j’étais surtout fort en sport. Ma mère m’a toujours soutenu dans cette voie et ça a été une chance, quand les profs lui disaient que le sport ce n’était pas un métier et qu’elle devait me le faire comprendre, elle m’a encouragé malgré tout. Bien sûr qu’au départ c’est un loisir et un plaisir, mais ça peut aussi être un métier.

M

C’est aussi un métier de divertissement, c’est peut-être aussi pour ça que les profs ont du mal à l’envisager sérieusement …

TT

Et paradoxalement, énormément d’anciens profs me demandent aujourd’hui de venir faire des interventions pour sensibiliser les jeunes. Je le fais car je trouve vraiment dommage que le sport ne prenne pas plus de place dans notre éducation comme en Angleterre ou aux États-Unis où c’est une discipline aussi importante que l’histoire, la géographie ou l’anglais! Dans le rugby t’as les premières sélections vers 14 ou 15 ans et à partir de là tout s’est fait très naturellement.

M

Est-ce que tu as des rituels étranges avant un match ?

TT

J’ai été très superstitieux au début de ma carrière, je faisais plein de trucs comme mettre la chaussure droite avant la gauche. J’ai heureusement arrêté tout ça car ça me perturbait trop en cas de défaite ou de blessures… Quand tu te trompes, t’es pas bien! Je suis devenu beaucoup plus détendu avant les matchs, je peux très bien appeler mes potes ou ma mère comme si c’était une journée normale, j’écoute de la musique qui me fait du bien, généralement du hip hop ou même de la musique électronique qui me mettent dans un bon état d’esprit. Et avec chaque veille de match, on mange des pizzas!

M

Quelles sont les valeurs qui t’ont fait  aimer le rugby ?

TT

Il y a beaucoup de choses, on dit d’ailleurs que c’est un sport de brutes pratiqué par des gentlemen. J’aime l’entraide, le côté très familial. Il y a beaucoup de solidarité dans ce sport, tu peux compter sur ton équipe et tu sais que si tu as un moment où ça va un peu moins bien, tu seras jamais seul car on est trente ou quarante à se voir tous les jours, à voyager et à nous entraîner ensemble. On y apprend aussi le partage, le respect des autres. Petit j’étais un gamin assez turbulent qui ne tenait pas en place, ce sport m’a permis de canaliser mon énergie et m’a structuré. Je me lève chaque matin en ayant la chance de vivre de ma passion et je suis conscient d’être très privilégié.

M

Est-ce qu’il y a des accrochages ou des insultes sur le terrain ?

TT

Il n’y a jamais de vraie bagarre car si tu prends un carton, tu pénalises ton équipe. Il y a deux ou trois insultes parfois, bien sûr. Il y a des équipes qui sont plus faciles à énerver que d’autres mais en ce qui me concerne je m’énerve très rarement. Et quand ça arrive sur le terrain, tu en discutes une fois au vestiaire, il n’y a pas de rancune.

M

Les supporters ont récemment retrouvé le chemin des gradins, quelle est l’importance du public ?

TT

On l’a vu quand on jouait à huis clos, on ne prenait pas le même plaisir à jouer et il n’y avait ni la même énergie, ni la même ambiance du rugby avec l’atmosphère festive, les chansons et les encouragements. On joue tous pour quelqu’un, pour des amis ou de la famille mais on joue aussi pour les gens qui sont venus et ont fait le déplacement. C’est aussi ça qui est beau dans le sport et dans le rugby.

Photos : Anna Leonte Loron
Journaliste
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Déborah Pham
Co-fondatrice de Mint et du restaurant parisien Maison Maison. Quand elle n’est pas en vadrouille, elle aime s’attabler dans ses restos préférés pour des repas interminables arrosés de vins natures. Déborah travaille actuellement sur différents projets éditoriaux et projette de consacrer ses vieux jours à la confection de fromage de chèvre à la montagne.

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