La série photos qui vous veut du bien

Saviez-vous que voir un câlin, même sans le pratiquer, procure un sentiment d’apaisement ? À l’occasion de la sortie du numéro 23 de Mint, on vous offre votre dose d’ocytocine à travers un portfolio des plus doux en remède à la mélancolie saisonnière.
Photos: Ariel Schlesinger, Two wet biscuits, 2008. Courtesy of the artist and GalerieGregor Podnar, Berlin

Jours qui raccourcissent, manque de lumière, mercure en baisse, aucun doute, l’hiver est bien là. Cette période souvent synonyme de repli sur soi et d’envie de cocooner, témoigne également d’un grand besoin de réconfort. Et si le remède passait par le câlin ? Avec la pandémie, l’absence de toucher s’est révélé pour beaucoup particulièrement difficile à vivre. Or d’après la psychologue américaine Virginia Satir, l’être humain aurait besoin de « quatre câlins par jour pour survivre, huit pour fonctionner, et douze pour croître ». En famille, entre amis, avec son partenaire d’une nuit ou pour la vie, ou même son animal de compagnie, les bienfaits du câlin sont inestimables.

Liz Sanders

« Skin hunger » en anglais. « Hudsult » chez nos amis danois. Les deux années qui viennent de s’écouler ont été l’occasion de réaffirmer notre « faim de peau », ce besoin vital de contact physique et affectif. L’expression, apparue pour la première fois en 1979 dans le livre La Peau et le Toucher, un premier langage de l’anthropologue anglo-américain Ashley Montagu, s’inscrit dans la continuité des travaux du célèbre pédiatre et psychanalyste John Bowlby. Celui-ci a formalisé en 1958 la «théorie de l’attachement» selon laquelle les bases relationnelles de tout individu se forgent et sont déterminées par les relations vécues durant la toute petite enfance. Pour qu’un jeune enfant puisse connaître un développement social et émotionnel équilibré, il doit pouvoir construire une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue (ce que Bowlby nomme le «caregiver»). Le câlin est à la base même de l’attachement. Pour illustrer cette théorie, Harry Harlow, un psychologue américain, a mené dans les années 1960 une expérience inédite sur des singes rhésus. Les petits, privés de leur mère, avaient le choix entre venir se blottir contre une mère de substitution mécanique couverte d’une douce étoffe ou une autre peu avenante en fil de fer, dotée d’un biberon. Résultat : tous les bébés singes sont naturellement venus se blottir contre la peluche qui leur offrait chaleur et tendresse.

Surnommée “nectar de guérison”, l’ocytocine se montre particulièrement efficace pour venir booster le système immunitaire en période hivernale.

Mario Navarro — Future Islands, 2016. Installation view at Museo de Arte de Zapopan, Mexico. Photos: Maj Lindström Courtesy of Museo de Arte de Zapopan (MAZ)

La faute à qui ? À l’ocytocine. Cette hormone, produite par le cerveau, est libérée au moment d’un câlin ou d’un toucher bienveillant. C’est l’hormone de l’empathie, de l’amour et du lien. Il s’agit de la même hormone produite lors de l’accouchement et de l’allaitement. Également surnommée «nectar de guérison», l’ocytocine se montre particulièrement efficace pour venir booster le système immunitaire en période hivernale en contrecarrant les effets nocifs du stress liés aux températures plus basses et plus humides. Le câlin agit ainsi comme un antidépresseur 100 % naturel à prescrire sans aucune modération. Mais encore faut-il bien le pratiquer.

Photos: Marc Hibbert

Pour qu’un câlin soit efficace, Céline Rivière, neuropsychologue et auteure de La Câlinothérapie : une prescription pour le bonheur (éditions Michalon) conseille de le faire «avec son cœur, en étant pleinement présent et ouvert, sans crainte et sans jugement. » Et surprise, la pandémie n’a pas eu que des effets négatifs : « Nous avons touché moins de personnes mais différemment, plus en conscience. La valeur inestimable de ce toucher s’est réinscrite en nous. Lorsqu’on vieillit, l’ouïe peut baisser, la vue aussi. Le toucher est le dernier sens qui s’éteint », poursuit-elle. En pratique, il serait recommandé de se câliner au moins 7 minutes par jour avec une durée moyenne de 20 secondes par étreinte pour ressentir un sentiment de bien-être immédiat.

Photos: Viviane Sassen, Ivy 2010.

S’il y en a une qui ne se limite pas à 7 minutes par jour, c’est Amma (qui signifie mère en hindi, ndlr), la papesse en matière de câlin. Cette indienne originaire du Kerala, aujourd’hui âgée de 68 ans, parcourt la planète depuis 1975 et distribue des étreintes appelées darshan. À son actif, plus de 36 millions de personnes enlacées à travers le monde. Depuis 1987, hors période Covid, elle se rend au moins une fois par an en France. À chaque venue, on observe les mêmes scènes de ferveur avec des milliers de volontaires (autour de 25 000 pendant trois jours) et beaucoup d’émotions à la clé. Surnommée la gourou indienne, elle aime répéter que sa seule religion, c’est l’amour.

Photos: Stéphane Ruchaud
Photos: Mayan Toledano

Il serait recommandé de se câliner au moins 7 minutes par jour avec une durée moyenne de 20 secondes par étreinte pour ressentir un sentiment de bien-être immédiat.

Depuis plusieurs années, la câlinothérapie s’invite partout. Des free hugs dans la rue aux bars à câlins, notre besoin de câliner serait-il impossible à rassasier ? Que l’on soit célibataire ou en couple, à chacun sa manière de s’exercer. Beaucoup d’études ont prouvé que les couples ont davantage de chances de durer s’ils se câlinent souvent. Mais rien ne vous empêche de reporter également votre affection sur un animal de compagnie comme Monsieur Cousin, le personnage principal du livre de Romain Gary, Gros Câlin, avec son fameux python de deux mètres vingt « capable de l’étreindre pendant des heures et des heures». Quel que soit l’objet de l’étreinte, on ne le répétera jamais assez, tout est question de consentement.

Photos: Sarah Mei Herman — Feby & Frederique, 2018. From the series Coalescence.
Photos: Greg Miller

Le câlin recèle un autre pouvoir magique, car même sans le pratiquer, sa seule vision procure déjà un sentiment d’apaisement. Pour Céline Rivière, l’explication serait à chercher du côté des neurones miroirs qui agissent comme si nous vivions la situation dont nous sommes spectateurs. « Regarder une étreinte réveille en quelque sorte les émotions et les sensations qui sont inscrites en nous, dans notre mémoire individuelle et collective. C’est une façon de vivre ou revivre des émotions qui font du bien et parfois nous débordent. Ces câlins nous rappellent un monde où nous sommes en sécurité, protégés, sûrs d’être aimés ». C’est sur ce principe que s’appuient les comédies romantiques pour faire chavirer nos petits cœurs sensibles. On parie que vous ne regarderez plus Love Actually de la même manière !

Le câlin recèle un autre pouvoir magique, car même sans le pratiquer, sa seule vision procure déjà un sentiment d’apaisement

Photos: Aurélie Laurière

En matière de câlin, l’art n’est pas en reste. La figure du câlin maternel a connu un virage significatif au XVIIIe siècle avec deux autoportraits signés Elisabeth Vigée Le Brun réalisés aux côtés de sa fille Jeanne-Lucie-Louise, dite Julie. Dans ces tableaux surnommés « La Tendresse maternelle », la relation mère-fille y est pour la première fois montrée avec complicité, loin des conventions et portraits officiels de l’époque où il fallait avant tout tenir son rang. Plus proche de nous, la sororité constitue, depuis quelques années, un sujet récurrent de travail photographique. Comme pour Sarah Mei Herman, photographe néerlandaise spécialisée dans l’intime avec sa série Coalescence : « Je voulais capturer la proximité et l’affection entre ces meilleures amies, ces corps qui se fondent presque ensemble». Une sensibilité qui n’est pas sans rappeler celle d’Alessandra Sanguinetti et son travail au long cours sur la relation qui unit depuis l’enfance Guillermina et Belinda, deux cousines argentines aux aventures poétiques.

S’il fallait encore prouver la nécessité du câlin, sachez que, depuis 1986, il a droit à sa journée internationale tous les 21 janvier. On la doit à un révérend américain, Kevin Zaborney, qui déplorait une ambiance maussade après l’effervescence des fêtes. En clair, sortez votre plus beau pull en mohair et cajolez qui vous voudrez !

Article extrait de Mint 23 disponible partout en France.

Journaliste
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Perrine Debieuvre
Journaliste à la ville, curatrice à la scène, elle aime glaner des images sur le compte Instagram @lemarchedepepe, les films de Rohmer et ne dit jamais non à un petit Pac à l’eau.

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