Claire Boreau, mise à nu(e) 1/2

29 octobre 2019

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Texte : Hélène Rocco
Photos : Tiphaine Caro

Article extrait de Mint #13

Surtout, ne dites pas d’elle qu’elle est artiste florale, cela gommerait injustement la dure réalité de son métier. Claire Boreau est une fleuriste, une artisane – comme ses parents bouchers avant elle. Il y a deux ans, elle a aménagé un studio dans l’ancien atelier de peintre de son grand-père, où elle compose des bouquets sous le nom de Nue Paris. 

Des notes de musique classique s’échappent du fond du jardin. Derrière la maison de ses grands-parents en banlieue parisienne, Claire Boreau a investi l’atelier d’artiste de la famille. Elle nous accueille, radieuse, en débitant très vite l’histoire du lieu avant d’aller se chercher un café. À la manière d’un cabinet de curiosités, les murs habillés de lambris exposent des illustrations et des peintures anciennes. Des fleurs et des feuillages de toutes sortes peuplent les vases chinés et les porcelaines chinoises. Contre la fenêtre, les portraits de sa grand-mère et son grand-père semblent l’observer. Alors que la fleuriste s’agite dans la pièce baignée de lumière, on s’installe sur la banquette pour écouter son histoire.

Claire a grandi dans une famille d’artisans bouchers férus d’art et de littérature : « C’est un fossé bizarroïde dans lequel j’ai toujours vécu. Mon père fait les marchés, parle avec une vraie gouaille et il lit de la poésie ancienne, voit des films d’auteurs hyper pointus… » Après le lycée, elle étudie le marché de l’art puis plaque tout pour partir vivre à Rome. Quand sa voisine décide d’aller s’installer dans une communauté hippie des Pouilles, elle lui demande de prendre soin de son jardin en permaculture. La jeune femme met les mains dans la terre, regarde les plantes pousser et s’accroche au végétal : « Je n’y connaissais rien, ça m’a vraiment formée. » 

À son retour en France, plus question de chercher un emploi dans l’art ou le tourisme. « J’ai toujours travaillé sur les marchés avec mes parents : je connaissais bien le commerce. Je passais mes week-ends à vendre des biftecks et à fourrer des dindes à Noël. J’ai réalisé que je voulais faire un métier d’artisanat comme Papa. » Claire a l’entrepreneuriat dans le sang et l’idée de devenir fleuriste lui plaît : c’est une profession à la fois concrète et poétique.

Pendant un an, elle prépare un CAP et enchaîne les stages. Le premier se déroule dans une boutique de quartier, où elle apprend la technique de la vrille – du bouquet rond – et la relation client. Le deuxième a lieu du côté de la rue Racine (6e) chez Stanislas Draber. « Il m’apprend à acheter les plus belles fleurs à Rungis et on passe nos journées à parler de poésie. » Puis à la Saint-Valentin, elle découvre l’univers de Majid Mohammad, dont elle admire le travail, chez Muse. Il l’initie aux créations baroques, contemporaines et déconstruites. « Je me suis mise à imaginer des mélanges improbables, à utiliser des végétaux peu connus : je suis devenue plus créative. »

Quand vient l’heure de trouver un emploi, l’envie de se mettre à son compte la démange, mais on lui conseille d’abord d’étoffer son expérience. Elle dégote, à contre-cœur, un poste dans une boutique sophistiquée du 16e. « Il y avait des vases Serax partout, c’était sans âme, sans histoire, trop lisse. » Durant l’été, Claire perd l’un de ses grands frères et remet tout en question. Après deux semaines de travail, elle démissionne et lance Nue. « Je n’avais pas de thunes, je vivais au-dessus de l’atelier, j’étais à poil à tous les niveaux. » Sans réseau, elle fait un emprunt à la banque pour façonner la plus belle des vitrines : son site internet. Son compagnon de l’époque est photographe de mode, il capture les compositions dans le petit studio « et quand on n’avait plus de fleurs, on partait en mission près du métro la nuit pour en couper ». Pendant deux mois, elle récolte les adresses de tous les hôtels, cabinets d’avocat, agences de publicité de Paris et leur envoie un PDF qui présente son métier. Les milliers d’envois débouchent sur une dizaine de belles rencontres. Elle décroche notamment un abonnement hebdomadaire pour fleurir les hôtels Bienvenu et Panache, et rencontre la créatrice Elsa Le Saux, avec qui elle réalise une série photo pour le magazine Cereal. 

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www.nue-paris.com
Instagram : @nue.paris

 

 

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