Sur les routes du Liban

Partenaires derrière l’objectif et dans la vie, Aude & Tom se sont lancés à corps et à cœur perdus dans une opération de soutien alimentaire et matériel au Liban suite aux explosions. Aux côtés d’Omar Abodid, propriétaire de l’hôtel-restaurant Le Donjon à Étretat, et d’une vingtaine de bénévoles, ils partent « Ensemble pour Beyrouth » depuis la Normandie en décembre dernier. Récit.
Mint

Comment est né l’initiative Ensemble pour Beyrouth ?

Aude & Tom

Omar Abodid est franco-libanais. Cette tragédie l’a heurté en plein cœur, et malgré la situation sanitaire et économique qui touche ses établissements depuis la pandémie, il n’a pas hésité à fédérer ses équipes autour de ce projet un peu dingue de récolter des dons matériels et financiers pour les envoyer à sa charge complète à Beyrouth. L’engouement a été tel, qu’il à décidé d’organiser par la suite une sorte de voyage humanitaire, en emmenant le trois quart de ses équipes sur place, en Décembre dernier. Parmi les membres, il y avait des chefs, des seconds, des réceptionnistes, des assistantes, et bien d’autres corps de métier. Certains ont même pris l’avion pour la première fois, ou n’avaient jamais mis un pied hors de France, et pour la plupart rien ne les rattachait au Liban.

Mint

Quels étaient les temps forts ?

Aude & Tom

Le projet s’est articulé autour de 3 actions, une collecte de dons d’ustensiles de cuisines sur les mois d’août et septembre, qui s’est vite transformée en récolte de dons en tout genre. Une soirée de gala en octobre, avec 13 675 € récoltés. Et enfin, le voyage au Liban du 1er au 8 décembre 2020 avec pour mission de rencontrer les associations, les ONG, de développer les relations hôtelières entre le Liban et la France, mais aussi de visiter une partie du pays afin de découvrir « le vrai Liban », comme cela tenait tant à Omer.

Mint

Pouvez-vous nous dessiner votre itinéraire ?

Aude & Tom

Nous avons fait une boucle depuis Beyrouth en passant par Jezzine au sud, puis en remontant la vallée de la Bekaa par Taanayel et Baalbek, la cité antique. Nous sommes remontés au nord dans la forêt de cèdre et Edhen, en redescendant ensuite par la côte de Byblos jusqu’à Beyrouth pour vider les conteneurs le dernier jours.

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Quelles ont été vos impressions une fois arrivés sur place ?

Aude & Tom

Nous avons retrouvé l’effervescence si particulière des pays du proche et du moyen orient que nous aimons tant, même si nous avions été frappés par ce drôle d’effet de mise en pause du pays. On se rend compte que les rues si vivantes portent les stigmates encore visibles d’un pays heurté par des décennies de guerres civiles, de tensions communautaires et de crises politico-économiques.

Mint

Est-ce qu’il y a des rencontres qui vous ont marqués ?

Aude & Tom

Au détour d’un passage dans les vignes ancestrales du Liban, nous sommes invités par Bechara et sa femme dans leur ferme. Nous découvrons cet endroit niché au milieu des montagnes, des champs et des animaux. Depuis sa terrasse on pouvait admirer la célèbre cascade de Jezzine. À l’intérieur, une maisonnée dans son jus d’antan décorée avec soin où nous avons mangé près d’une immense cheminée de pierre. Se sont enchaînés une myriade de plats traditionnels aux saveurs si intenses, tous plus bon les uns que les autres. Nous nous retrouvions ainsi, à 24, à déambuler des chambres au salon, de la terrasse à la cuisine en découvrant les vestiges d’une vie entière faite de voyage et de découvertes par ce couple si atypique.

Mint

En ayant sillonné les routes du pays, j’imagine que vous avez gardé des souvenirs de paysages, et de sites historiques mémorables…

Aude & Tom

La vallée de la Qadisha par exemple, c’est l’un des plus importants sites d’établissement des premiers monastères chrétiens au monde. Nous y avons découvert celui de Saint Antoine Qozhaya, faisant parti des plus anciens de la région. On ne s’attendait pas à trouver un tel monument construit à flanc de falaise emblématique de la religion chrétienne.

Aviez-vous fait des découvertes culinaires au fil de vos rencontres ?

Aude & Tom

Le Friké (frekeh ou frikeh) qui est une céréale. C’est du blé vert cueilli avant maturité que l’on retrouve beaucoup au Proche-Orient. Une fois les gerbes récoltées, elles sont mises à sécher deux heures au soleil, puis mélangées à de la paille d’orge et brûlées directement sur le sol. Venant du nord, il est cuisiné comme un risotto, et fait partie des plats traditionnels un peu oubliés qui reviennent au goût du jour. Il y a aussi le kebbe nayeh, une sorte de tartare de viande crue, agrémenté de boulghour, d’oignons, de menthe et d’épices; le tout pilé avec de la glace et servi avec de l’huile d’olive, de la menthe fraîche et des oignons blancs.

Mint

Comment s’est scellée l’aventure ?

Aude & Tom

Bloqués au port de Beyrouth, pour cause de lourdeurs administratives des uns, et retard des autres. Les containers envoyés depuis la Normandie étaient finalement bien là, prêts à être déchargés et livrés aux associations en ce dernier jour de voyage. Frigos professionnels, machines à café, casseroles et accessoires en tous genres, mais aussi vêtements, chaussures, jouets, livres, mobilier, et j’en passe étaient du convoi. Il n’y avait pas meilleure façon de clôturer cette semaine d’aventure riche en émotions, en découvertes et en leçons de vie. Ce projet à été si riche d’expérience et d’enseignements pour ses équipes que Omar souhaiterait créer une association et développer de nouveau projets pour venir en aide à d’autres communauté, ville et pays dans le besoin.

Journaliste
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Anouchka Crocqfer
Anouchka est journaliste chez Mint Magazine. Passée dans les colonnes de L'Express Styles, du Parisien, de Néon, et de Bon Temps elle arpente les rues à la recherche de nouvelles tendances lifestyle.

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