Let’s get lost

27 janvier 2016

Humeur

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Photo : Céline Clanet
pour Les Chapieux, géographie d’un secret 

La plupart des gens connaissent Guy Martin pour son travail de chef au Grand Vefour, ses émissions de télévision ou ses nombreux ouvrages. Finalement, peu connaissent son amour pour la montagne. Fier de ses racines savoyardes, il a souhaité partager avec nous ses expériences et ses nombreuses histoires. 

«Je connais Megève depuis longtemps, tu y trouves des fromages faits sur place et un superbe boulanger sur les hauteurs. Il y a plusieurs villes ou villages intéressants dans ce coin. À Chamonix j’aime la grandeur du Mont Blanc, l’immensité de la montagne. Bien-sûr il y a le ski l’hiver, on peut monter l’aiguille du midi et redescendre du côté italien mais il y a une vie à l’année, ce n’est pas une station pour moi. J’avais dix ans quand j’ai découvert la montagne, c’est une chose qui se faisait souvent en famille. Depuis, que je sois à Paris ou ailleurs, il ne se passe pas un jour sans que j’y pense.

Sur les hauteurs de Chamonix, les français et les italiens ont créé des jardins alpins et je trouve que le paysage y est presque lunaire. Tu peux y voir des cascades et une vue sublime sur les montagnes environnantes. C’est la vraie nature, celle qui est très forte et te happe par sa grandeur. Combloux et Cordon sont plutôt des montagnettes, plus douces que la grande montagne, et bien moins imposantes. Ce sont des villes superbes à l’intersaison, tout comme Megève où à l’automne, on observe un soleil couchant à couper le souffle. Pour voir du pays, tu peux faire le Tour du Mont Blanc (TMB) et faire un voyage qui dure entre 5 et 10 jours. Tu peux bivouaquer ou coucher dans des refuges et profiter d’une lumière rasante qu’on n’observe qu’ici. Je me souviens d’une fois où nous étions dans un sous-bois et la brume recouvrait les herbes et la mousse ; soudain la brume s’est mise à remonter tout doucement le long des arbres. Ces images presque surréalistes tu ne peux pas les oublier.

Sans rire, tu vas là-bas et ta vie change. C’est un endroit pour se recueillir, pour se retrouver.

Du côté de la Tarentaise, il y a les Chapieux à faire en septembre. Sans rire, tu vas là-bas et ta vie change. C’est un endroit pour se recueillir, pour se retrouver. Tout commence par un chemin escarpé, puis une forêt de sapins et un petit ruisseau… On peut y aller avec quelqu’un, mais il faut que ce soit un ami qu’on aime. Il faut vibrer ensemble, tu comprends ? Car si ton ami n’est pas sensible à la beauté de la nature, tu ne ressentiras pas le même plaisir. Et je ne parle pas de spiritualité, je parle de montagne. Du mouvement d’un ruisseau, du bruit du vent… Tu risquerais de manquer quelque chose. C’est un endroit qui te donne de la force. Quand tu as d’importantes décisions à prendre et que tu as besoin de te dépasser. Si tu es novice, je te conseille d’y aller en automne et je laisserais l’hiver aux montagnards car ce n’est pas un endroit qui se laisse apprivoiser facilement. Un jour, j’y suis allé à la fin de l’hiver avec un copain breton que j’ai initié à la montagne. C’était un hiver rigoureux alors nous avons décidé de partir tôt le matin, en skis de randonnée. Il y avait un grand soleil et les bouquetins venaient chercher les premières herbes, les premiers pissenlits.

En montagne il y a le silence, rythmé par le bruit des éboulis. Le bruit des avalanches c’est quelque chose qui te prend au ventre, la neige avale tout sur son passage.

Moi-même, je sais comment elles se forment. Cela peut être dû à un réchauffement sur un amas de neige ou encore à cause de cristaux qui ne s’imbriquent pas entre deux tombées de neige. J’observe ces signes avant de me retrouver dans une situation difficile. Entendre cette force, la puissance de la montagne et le bruit sourd d’une avalanche, c’est indescriptible tant c’est grand. Ca dépasse l’Homme. En une journée, tu as vraiment le sentiment d’avoir vécu des choses. La montagne c’est une éthique de vie et il n’y a pas de place pour les faux-semblants. Pour voir de belles choses on se fait trois ou quatre heures de marche avec les skis sur l’épaule et ça te donne le goût de l’effort. C’est même au delà de l’effort, c’est le dépassement de soi, ne pas abandonner, ne pas baisser les bras.»

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