Les déserts de l'Amérique latine dans l'objectif de Romain Farge

On s’envole pour l’Amérique latine avec le photographe français Romain Farge qui nous livre le récit de son road-trip au cœur des déserts de la côte pacifique.
Mint

Pourquoi avez-vous décidé de nous livrer cette série ?

RF

J’ai découvert les déserts en Amérique du Sud. Je me suis rendu compte à quel point ces paysages étaient beaux et riches en diversité : froids, chauds, glacés, gelés, salés, et habités par les animaux et par les hommes, donc pas si déserts que ça finalement.

Mint

Quelle sont les destinations de ces clichés ? 

RF

Les déserts d’Amérique du Sud. J’ai passé 2 mois entre le Pérou, le Chili et la Bolivie. Il s’agit essentiellement des déserts de Paracas et de Huacachina au Pérou, d’Atacama au Chili et du Salar de Uyuni en Bolivie.

MINT

Pouvez-nous en dire plus sur ces voyages ?

RF

Ce voyage en Amérique du Sud fait partie d’une grande aventure de tour du monde que j’ai effectué en 2018-2019. J’ai commencé en Asie du Sud-Est où je me suis égaré au Myanmar pendant plusieurs mois. Au Laos où j’ai descendu le Mekong puis exploré le sud à moto. Je suis parti à la recherche de la plus belle plage des Philippines, j’ai traversé plusieurs îles d’Indonésie à moto, puis j’ai atterri en Nouvelle-Zélande. Et enfin l’Amérique du Sud, où j’ai terminé en Argentine à la recherche d’un musée d’art contemporain perdu dans les plus hautes vignes du monde près de Salta.

Maintenant je sais changer une roue, ce qui m’a sauvé une deuxième fois, dans les montagnes en Argentine.

Romain Farge
MINT

Une anecdote à nous partager ?

RF

J’ai loué une voiture de ville (première erreur) pour explorer le désert d’Atacama. J’étais à la recherche d’une carcasse de bus scolaire abandonnée depuis des années. Au bout de 2h à rouler à 40km/h sur une piste de mauvais cailloux, un pneu a éclaté. Pas de réseau, aucune voiture à l’horizon, un fond de bouteille d’eau avec moi, et pas de climatisation dans la voiture. L’air est sec et suffoquant, il fait pas loin de 40°, on est dans la zone la plus aride de la planète et surtout je ne savais pas comment changer un pneu. J’ai eu une grosse montée de stress et le sentiment d’être seul au monde l’espace d’un instant. Maintenant je sais changer une roue, ce qui m’a sauvé une deuxième fois, dans les montagnes en Argentine.

MINT

Un lieu, un quartier, un paysage qui vous a particulièrement marqué ? 

RF

C’est souvent la route que je préfère aux points de vue et celle de San Pedro de Atacama menant au Salar de Uyuni est vraiment surréaliste. On oscille entre 2500m et 4900m. On passe devant des volcans, des lagunes émeraude ou rose, par des canyons ou des cratères comme si on était sur une autre planète.

Notre vue est perturbée car l’horizon n’y est jamais droit. La faute aux plaques tectoniques et à la cordillère des Andes qui soulève en permanence les montagnes dans tous les sens. J’avais le sentiment de voyager dans un tableau de Dali. D’ailleurs, sur la route, un bout de désert porte son nom.

MINT

Comment êtes-vous arrivé à la photographie ?

RF

Je travaillais en agence de publicité. Un jour, un collègue m’a montré ses photos de vacances prises avec un vieil argentique. Il y avait ce grain et ces couleurs si particulières. Ça m’a donné envie de m’y mettre.

Pour moi, la photo a toujours été associée aux souvenirs de voyages. Ça me rappelait les séances de diapositives avec mes parents quand ils rentraient de l’étranger. J’ai donc commencé par là en cherchant très vite des façons de sublimer ce que je voyais. Puis j’ai commencé à montrer mes photos à mon entourage, à remporter des concours photo, ça m’a donné confiance en moi et m’a permis de persévérer.

Aujourd’hui, elle m’accompagne dans mes voyages et me permet de capturer de beaux moments, des gens, des paysages magnifiques et les incongruités de la vie. J’aime les photos qui font rêver, qui nous racontent des histoires, qui se distinguent par l’émotion qu’elles suscitent, ou qui nous transportent dans un voyage contemplatif.

Mint

Comment décririez-vous votre style ?

RF

Je fais de la photo artistique de paysages en essayant de sublimer ce que je vois avec un regard empreint de bienveillance et de légèreté. Comme souvent dans mes séries, je me sers des gens de passages, des autochtones ou des touristes pour construire mes tableaux. J’y intègre ces silhouettes dans de grands paysages naturels ou urbains, afin de se détacher toujours du sujet, de permettre aux lecteurs de se projeter et de se construire sa propre histoire, son propre voyage. J’aime peindre avec onirisme mon expérience de l’instant et mes aventures.

Mint

Utilisez-vous une technique particulière, du matériel spécifique ?

RF

Il m’arrive de faire des poses longues avec l’aide d’un trépied et de filtres ND (même s’il y en a aucune dans cette série) et d’utiliser un drône quand c’est justifié. En ce moment, je teste aussi beaucoup de petits accessoires (filtres créatifs, prisme, etc…) pour mes séries de villes ou de portraits.

MINT

Travaillez-vous pour des magazines, avez-vous déjà exposé en galerie, publié un livre sur votre travail ?

RF

J’ai déjà eu la chance de faire quelques expositions dans des galeries en France et à l’étranger ou à la suite de concours où j’ai été lauréat. Je travaille actuellement sur mon 1er livre qui retracera mon aventure de tour du monde. C’est un énorme chantier car j’ai plus de 50 000 photos à trier et je n’ai toujours pas fini.

MINT

Avez-vous déjà collaboré avec des médias ? 

RF

Je n’ai pas encore travaillé pour des magazines mais j’espère le faire très prochainement pour des collaborations ou des commandes. C’est la prochaine étape. Je rêve de voir mes photos couchées sur papier et de partager ma façon de voir le monde.

→ Romain Farge — Instagramledoigtdansloeil.fr

Journaliste
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Anouchka Crocqfer
Anouchka est journaliste chez Mint Magazine. Passée dans les colonnes de L'Express Styles, du Parisien, de Néon, et de Bon Temps elle arpente les rues à la recherche de nouvelles tendances lifestyle.

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