Ossidiana, design experimental

23 avril 2018

Design

2016-FRE-cat10 Freger presse 4

Propos recueillis par Hélène Rocco
Photos : EH (Kyoungtae Kim)

Partagés entre Milan et Rotterdam, Alessandra Covini et Tomas Dirrix forment un studio de création depuis 2015, à la croisée des chemins entre l’architecture et le design. Ils ont fait de l’expérimentation leur signature et tiennent à ce que les objets aient une histoire, comme lorsqu’ils réinterprètent les tapis persans à leur manière. Le tissage se transforme alors en béton et les motifs colorés renaissent dans le sable.

Mint : Comment est né votre studio ?

Alessandra : Tomas et moi avons étudié l’architecture ensemble à l’Université de Technologie de Delft aux Pays-Bas. Après notre diplôme, en 2015, on a commencé à réfléchir à un studio. En tant qu’architectes, on avait l’impression que les bâtiments avaient arrêté de porter des messages et qu’il y avait trop peu d’expérimentations dans la pratique de l’architecture et son enseignement. On a voulu lancer une plateforme qui explorerait davantage, en théorie comme en pratique.

D’où venez-vous, tous les deux ?

Tomas est né à Eindhoven, aux Pays-Bas et a étudié l’architecture en Suisse et en Inde avant de venir travailler à Rotterdam pour l’agence d’architecture OMA, dirigée par Rem Koolhaas. Quant à moi, je suis née à Milan et j’ai déménagé ici après avoir étudié en Italie et à Lisbonne, puis travaillé en Espagne et à Londres. Aujourd’hui je dirige notre studio et il nous arrive aussi de travailler chacun de notre côté.

Que signifie ce nom ?

Il est inspiré de la pierre obsidienne (ossidiana, en italien), qui est le résultat d’une solidification rapide de la lave qui se transforme en roche volcanique. À la Préhistoire, elle était utilisée pour créer des outils tranchants : les premiers de l’Humanité. Ce nom symbolise donc la naissance de projets qui mêle recherche de matériaux et narration.

De quelle manière racontez-vous une histoire à partir de la matière ?

J’ai toujours été captivée par la transformation de la matière et le fait que cette même matière soit souvent le résultat d’une autre transformation. Ces métamorphoses sont devenues un thème récurrent à la fois dans les lieux où j’habitais et dans mon travail. En emménageant au Portugal, j’ai commencé à faire attention à la beauté des immeubles, faits de la même terre que le sol sur lequel ils étaient posés. Le projet Petrified Carpets est lui aussi une métamorphose : on a gardé l’esprit d’un tapis mais on l’a revisité avec une autre matière, le béton.

Justement, d’où vient l’idée de cette réinterprétation des tapis persans ?

J’ai découvert le tapis islamique quand j’étudiais les jardins et l’artisanat d’Istanbul. J’étais fascinée par le fait que le tapis soit à la fois un espace et un objet, tout comme l’architecture. D’ailleurs, on sait que le tapis oriental représente le jardin d’Eden. Ses éléments (le contour, le médaillon central, le carré et le couloir) représentent le mur, la fontaine, et les ouvertures sur le jardin. On les retrouve systématiquement. Notre projet était donc de traduire ces éléments bidimensionnels en objets 3D. En tant qu’architecte, j’étais très excitée à l’idée de devoir recréer les motifs colorés des tapis avec du béton.  

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Comment y êtes-vous parvenus ?

On a essayé différentes techniques de moulage, coloration et texturation du béton. On a utilisé à la fois des pigments, des pierres, du sable et du ciment de manière plus ou moins importante selon les objets pour retrouver les contours, les tons et les nuances des jardins.

Vous êtes italienne mais vivez aux Pays-Bas, est-ce que ça a influencé votre création ?

Je suis inspirée par l’architecture hollandaise ainsi que la scénographie. La culture architecturale hollandaise consiste à raconter une histoire et à trouver un concept, or c’est récurrent dans mon travail. Je suis aussi influencée par l’expérimentation permanente des designers hollandais. Je trouve ça très intéressant de rassembler ces deux approches dans mes projets.

Pourquoi avoir choisi Rotterdam ?

C’est une ville internationale assez petite mais qui est malgré tout un épicentre pour l’architecture et le design, grâce à la présence d’institutions internationales comme Het Nieuwe Instituut, le Berlage Instituut, TuDelft ainsi que des cabinets d’architectes à la renommée mondiale comme OMA et Mvrdv. En plus, on peut rapidement se rendre à Amsterdam, Eindhoven, Paris, Bruxelles et Londres en train.

Vous vous sentez libre de créer ici ?

Je trouve que dans ce pays, on croit aux jeunes talents. Le gouvernement soutient les architectes et les designers grâce à des bourses, ce qui nous permet de développer notre propre vision, nos idées et projets sans se soucier des finances, même si on est étranger. Par exemple, Petrified Carpets a reçu l’aide d’une fondation et on a exposé à la Design Week de Milan cette année grâce à l’Ambassade des Pays-Bas en Italie.

Quels sont vos projets à venir ?

On est en train de créer de nouvelles pièces en collaboration avec des galeries internationales et des artisans et on prévoit d’exposer nos tapis de béton dans l’espace urbain, dans les jardins et les terrains de jeu. On prépare aussi un livre sur notre projet qui sera un objet à toucher. Je collabore aussi avec l’académie Jan Van Eyck de Maastricht sur un projet, entre architecture et design, autour de la maison et sa construction.

www.studio-ossidiana.com

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Les spots d’Alessandra

Het Nieuwe Instituut

Cet institut propose des expo’ très intéressantes sur l’architecture et le design. Réservez une visite guidée des archives, ça vaut vraiment le coup !

Museumpark, 25

Boijmans museum

On y trouve le Porte-Manteau de Wieki Somers et les vêtements des visiteurs sont réellement accrochés sur l’œuvre d’art. Ça permet au public de prendre possession du lieu. En plus du musée, on peut se balader dans le jardin romantique et le jardin à la française. Un pont suspendu permet d’avoir une belle vue sur le parc.

Museumpark, 18

House Sonneveld

C’est l’une des maisons modernistes les mieux préservées de la ville, ne la ratez pas.

Jongkindstraat, 12

Vermeyden

Un resto’ gastronomique avec une jolie sélection de vins et des spécialités françaises et italiennes, et un gâteau à l’orange à tomber par terre.

Nieuwe Binnenweg, 335

La Zia Maria

Mon resto’ italien préféré, qui propose des pâtes délicieuses préparées par un chef sicilien. Il faut absolument goûter leur cannolo et les Tortelli à la courge et à la truffe.

Nieuwe Binnenweg, 222A

Provenierstraat

J’aime beaucoup traîner dans cette rue qui abrite des bars et des resto’ dans tous les coins. Je peux y passer la journée, en changeant d’adresse selon la position du soleil. Je prends mon petit déj’ au Boon (n°31) et je dîne au resto’ mésopotamien Dunya (n°40A) ou je mange thaï au Blue Mekong (n°29A) avant de finir la nuit à Le Nord (n°33A), un pub typique.

Op Het Dak

Un bistro sur un toit-terrasse que Tomas et moi avons imaginé.
Schiekade, 189

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