Que mange un politicien français ?

24 septembre 2013

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Texte : Fanny Vedreine

Pour son nouvel ouvrage, Gilles Brochard s’est intéressé aux coups de fourchettes des politiciens français. A travers un joli manuel aux couleurs de la république, il n’est pas négligeable de constater que, malgré les discordes et les rancoeurs, la gastronomie française est une source de réconciliation entre les partis politiques.

Peu de temps avant son élection présidentielle, François Hollande déclarait  » ah non pas de vin, après je vais grossir et vous ne voterez pas pour moi ! ». Aujourd’hui président de la République, il suit un régime drastique selon les conseils raboteux de sa chère et tendre Valérie Trierweller. Pas de pain, pas de frites, pas de fromage et même pas la peine de penser aux gâteaux. En revanche, le soir des présidentielles, en mai 2012, le corrézien victorieux s’est précipité à la Rotonde (VIe) pour s’enfiler un plat d’huitres et un pavé de rumsteack. C’était jour de fête.

François Hollande avait choisit l’enseigne montparnassienne des frères Tafanel, tandis que Nicolas Sarkozy, favorisa la rive droite pour célébrer son nouveau statut au Fouquet’s (VIIIe).

Ce petit manuel nous apprend également les habitudes gastronomiques de François Bayrou, grand habitué de la Poule au Pot (Ie), de Marine le Pen qui ne résiste pas face à une bonne brandade de morue, et de Ségolène Royal, gênée lorsqu’un journaliste eût le malheur de l’inviter dans un restaurant dit « de droite » : le Ritz (Ie). Cette dernière se fait d’ailleurs comparer à une sole par Alain Juppé lorsqu’on lui demanda de trouver un plat ressemblant le plus à Mme Royal. Chez les Verts, la bonne cuisine est également au rendez-vous. Jean-Vincent Placé raffole des filets d’anchois du restaurant Les Colonnes à Issy-les-Moulineaux. Mais c’est aux plats typiques de Normandie qu’il ne dira jamais non, et notamment un bon veau au cidre. A Paris, il est amateur du coq au vin à La Biche au Bois (XIIe) et du poulet rôti chez Le Père Claude (XVe).

On ne peut discuter de politique et de gastronomie sans penser à Jacques Chirac. En bon franchouillard, admirateur de la bonne bouffe, il est célèbre pour être habitué aux restaurants traditionnels, mettant en avant les produits du terroir sur des tables nappées de carreaux rouge et blanc. On le présente comme « un véritable obsédé de la charcuterie ». À n’importe quelle heure de la journée, il est capable d’avaler une tête de veau sauce ravigote chez Le Père Claude (XVe). Son ancien conseiller, Jean-François Probst, allait même jusqu’à le surnommer « le Gargantua de la République, un bouffeur, buveur et baiseur ».

La fin du livre est consacrée à un large lexique des meilleures tables parisiennes selon les politiciens français. En tête de liste on retrouve le 122 (VIIe), le Thourville (VIIe) ou le Marco Polo (Vie). Au Rebellato (XVIe), on peut trinquer en compagnie de Brice Hortefeux ou Jean-Louis Borloo. Dominique de Villepin, quant à lui, est un fanatique de la maison italienne Stresa (VIIIe). Concernant les mets aux saveurs exotiques, on note le Thiou (VIIe) pour ses plats asiatiques, Mavrommatis (Ve) tenu par une famille chypriote privilégiant la cuisine méditerranéenne ou le Mori Venice Bar (XVIe) aux traditions culinaires vénitiennes.

À retenir, les cinq principes d’un politicien à table : le choix du restaurant – la bonne brasserie rive gauche passera toujours mieux qu’un établissement guindé, le choix du plat – penser à avantager un met venant de la région où l’on est élu, privilégier les plats diététiques en période électorale, mettre en avant le vin de la région où l’on est élu et enfin, être rigoureux quand aux choix des invités à sa table.

Entre anecdotes et conseils, le Guide Secret des Tables Politiques dévoile une face cachée des dirigeants de la Ve République. Classé confidentiel.

Guide secret des tables politiques de Gilles Brochard, aux éditions Verlhac

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