Dehillerin, dans le Ventre de Paris 2/2

23 octobre 2019

Découverte

Texte : Hélène Rocco
Photos : Tiphaine Caro

Deneuve, Depardieu, Coppola et les autres

Au-delà des tournages, l’enseigne voit passer de nombreuses célébrités grâce à sa renommée mais le directeur ne s’aventurera pas à donner des noms. En creusant un peu, je tombe sur un employé plus bavard. Franck, le dernier des dinosaures (c’est lui qui le dit), a été embauché il y a trente-cinq ans, du temps du père. Il est de ces personnages volubiles, au tutoiement facile, qu’on croirait sorti d’un roman. Au fil des années, il a tissé des liens avec « l’acteur très sympa qui joue Astérix » (Edouard Baer, ndlr), « l’ex de Monica Bellucci, super danseur » (Vincent Cassel) et Gérard Depardieu, entre autres. Sa photo est encadrée au mur : il se tient aux côtés d’Ina Garten, célèbre présentatrice américaine et habituée du lieu. Avec sa gouaille, il a aussi accueilli Catherine Deneuve et Scarlett Johansson, à qui il a demandé d’enlever ses lunettes noires, « pour mieux voir ses yeux« . Le magasin a aussi vu défiler Francis Ford Coppola et un chanteur de variété française, dont on taira le nom, déguisé en prêtre pour passer incognito. 

Mais chez Dehillerin, on voit surtout valser les plus grands chefs. Récemment, Marc Veyrat y a acheté des couteaux, Thierry Marx une série de casseroles et Christophe Michalak a équipé sa dernière adresse. Pour Eric Dehillerin, ce qui les attire, c’est le bon rapport qualité prix. Et côté amateurs, l’engouement grandissant pour la cuisine se fait clairement sentir. « On accueille beaucoup d’étrangers. De jeunes Taiwanais, des Australiens, des Brésiliens et des Japonais qui se déplacent en groupe et achètent tous le même produit, peu importe le prix.« , s’amuse Jean-Marie, à l’accueil. Les Américains, eux, se ruent sur les ustensiles en cuivre, crème de la crème pour la cuisson à basse température, et les couteaux haut de gamme. Alors, pour échanger avec ces clients venus du monde entier, Claudia, Franck, Alexandre, Vincent et Jean-Marie doivent parler un anglais impeccable, souvent plus. Franck parle aussi chinois, japonais et coréen : « Ça surprend toujours quand j’annonce des chiffres en japonais. À force, j’ai appris le b.a-ba.« , balance t-il l’air de rien. 


« Garder la main« 

La production des outils estampillés Dehillerin s’est arrêtée après la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, l’enseigne distribue des marques qui ont leur propre image. Pour le directeur, tout l’enjeu est de ne pas perdre son identité et de rester indépendant.  Alors, il a décidé de reprendre la main en innovant. La clientèle adore les ustensiles en cuivre ? Il les adapte à la cuisson sur des plaques à induction. L’arrière-petit fils du fondateur cherche aussi à créer la demande de nouveauté. « Ça relance aussi l’intérêt du métier, je ne veux pas me contenter d’être un distributeur.« , explique t-il. Par dessus tout, il cherche à mettre en avant le savoir-faire et la fabrication française, en Normandie : « On n’a pas attendu que le made in France soit à la mode, nous, on n’a jamais arrêté de le faire ! » affirme t-il, en souriant. Et quand je lui demande s’il profite de tout ce matériel à disposition pour cuisiner, il me confie que son truc à lui, c’est plutôt la pâtisserie. Comme dans la tradition, ce qu’il aime c’est prendre le temps de cuisiner ses plats « maison », surtout les tartes tatins qu’il laisse caraméliser tout doucement. Une douceur désuète et intemporelle, à l’image de cette légendaire adresse.  

E. Dehillerin
18 & 20, rue Coquillière, 75001 Paris
Ouvert du lundi au samedi, de 9h à 18h

Article extrait de Mint #8

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